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Utopie & langage (feat. VTF Mourier)

Fin 2015, Alexandre Mare (critique et commissaire d’exposition) demandait à Sébastien Hayez (auteur de plusieurs créations distribuées par VTF) d’imaginer un article consacré au langage & à la littérature de l’imaginaire pour la revue Yellow Submarine. 2016 voyait l’anniversaire des 500 ans de la publication du Utopia de Thomas More ; aussi, il était intéressant de mettre en parallèle la typographie utopienne avec une typographie utopique : celle de Eric Mourier, auteur du Mourier dont le revival est publié sur nos pages. Cet article est aujourd’hui aussi disponible dans les pages du numéro 138 de la revue.

Utopie & langage : naissance, renaissance

S’il fallait donner une définition froide de la littérature, nous pourrions convenir qu’elle est l’exploitation du langage par l’écriture. Cette écriture est un système de signes organisés de façon rationnelle par le biais d’une syntaxe, la forme de ces signes variant selon les contextes historiques, culturels et géographiques. L’écriture typographique telle qu’on l’utilise en occident depuis Gutenberg et plus massivement depuis l’apparition de l’ordinateur personnel, a sensibilisé un vaste public aux questions d’esthétique de la lettre. Pourtant, renvoyée à un degré moindre, la typographie est la forme solide du langage, la peau qui habille nos mots quotidiens. Les langages créés au sein des littératures de l’imaginaire, SF comme Fantasy, sont le plus souvent porteurs d’un style graphique assez radical. Cette esthétique est le miroir d’une utopie qui nous en apprend davantage que l’analyse d’une grammaire imaginaire. Deux cas en particulier peuvent se révéler particulièrement éclairants à ce sujet, l’un fête ses 500 ans en 2016, l’autre, plus récent, est vieux d’à peine un demi-siècle.

L’utopie est un néologisme entré dans le langage courant, et issu du titre de l’ouvrage écrit par Sir Thomas More, humaniste, philosophe et auteur anglais. L’utopie contient dans son étymologie même la meilleure définition que l’on puisse en faire : “en aucun lieu” ou “lieu du bonheur”, selon qu’on considère le préfixe a comme privatif ou la contraction de eu signifiant bien, heureusement. Aucun lieu puisqu’il est une île imaginaire de l’océan Atlantique, mais aussi une possibilité, un modèle de réussite qu’il ne serait pas interdit de mettre en place. Le livre de More est un récit rédigé en latin et décrivant une société idéale cultivant une politique et une spiritualité dont les équilibres garantissent le bonheur à ses citoyens. Cette société possède son langage propre, très proche du latin, tant dans sa syntaxe que son vocabulaire. L’idéal d’une langue utopique ne repose donc pas dans le corps, dans la mécanique de ce système mais dans son esthétique.

More n’offre pas l’écriture utopienne dans la première édition de son livre :

“The Utopian alphabet, good reader, which in the above written epistle is promised, hereunto I have not now adjoined, because I have not as yet the true characters or forms of the Utopian letters. And no marvel, seeing it is a tongue to us much stranger than the Indian, the Persian, the Syrian, the Arabic, the Egyptian, the Macedonian, the Sclavonian, the Cyprian, the Scythian, etc. Which tongues, though they be nothing so strange among us as the Utopian is, yet their characters we have not. But I trust, God willing, at the next impression hereof, to perform that which now I cannot: that is to say, to exhibit perfectly unto thee the Utopian alphabet. In the meantime accept my goodwill. And so farewell.”

Un exemple d’utilisation concrète de cet alphabet figure donc uniquement dans un addendum rédigé par Peter Giles, ami proche de More. Cette présentation est une page seule figurant un abécédaire latin et sa correspondance utopienne, suivi de huit lignes : d’abord la transcription en alphabet latin, légendé de son original écrit en alphabet utopien, ensuite, en pied de page, le texte est traduit et composé en latin.

Utopia, Thomas More, 1516

L’alphabet est une somme de formes géométriques simples, modulées par des segments de droites ou un point. Les lettres j, v, w et z sont absentes, conformément à l’alphabet latin. Les 6 premières lettres sont constituées de cercles, les 5 suivantes de demi-cercles, le m est un triangle quand les 4 suivantes sont des angles, enfin les 6 dernières lettres sont des carrés. Cette organisation ne renvoie à aucune logique propre aux systèmes d’écriture connus. More semble chercher dans cette organisation une façon d’effacer toutes références culturelles ou historiques. Le choix de formes géométriques basiques peut donc s’expliquer par une volonté politique de redéfinir la culture sur une base neuve, et d’offrir aux citoyens une écriture la plus dépouillée possible et facilement reproductible, les non-lettrés pouvant dès lors rapidement acquérir les tracés nécessaires à son écriture, le statut insulaire pouvant expliquer aussi la singularité de ce système d’écriture.

Geoffroy Tory, Champfleury, 1529

Autre fait important, l’alphabet n’est pas bicaméral, c’est-à-dire qu’il ne comporte pas de différenciation entre majuscules et minuscules. More élimine cette distinction apparue à la fin du VIIIe siècle avec l’écriture caroline voulue par Charlemagne, et modèle des premières écritures humanistes italiennes. Voilà donc un système réduit à sa plus simple fonction : un code élémentaire permettant l’enregistrement de la pensée sous une forme graphique basique. Esthétiquement, le système d’écriture semble totalement original, les lignes composées dans ce caractère ont davantage l’apparence de notations mathématiques, voire d’un message crypté. Faut-il alors chercher du côté des cryptographies une quelconque forme d’influence ou d’héritage ? Par sa proximité avec l’esthétique géométrique, il conviendrait de citer l’écriture Noachite, un alphabet codé selon le schéma d’un carré subdivisé en 9 modules, par sa position au sein de la matrice chaque module trouve une forme propre. Ce module peut être accompagné d’un ou deux points, qui définissent précisément la lettre correspondante. Dans cet exemple, le but n’est pas de donner corps à un langage mais de le refermer dans une forme secrète, hermétique, c’est-à-dire réservée à l’initié. Ce système trouva une utilisation très répandue au XVIe siècle, mais son origine semble plus ancienne, renvoyant au carré de trois exposé par Théon de Smyrne (IIe siècle après J.-C.), philosophe néo-pythagoricien. Pour autant, il serait difficile d’affirmer que More crée son alphabet en connaissant cette cryptographie, qui deviendra au XVIIIe siècle l’apanage des francs-maçons.

Lettres Patentes de la Loge des Trois Colonnes, 1751

Bien que le récit de More connaisse un véritable succès dès sa publication, tant en Angleterre que dans le reste de l’Europe, la langue et l’écriture utopienne n’ont pas hérité du même engouement. Toutefois, en 1529, soit 13 ans seulement après la publication de l’addendum, l’imprimeur et humaniste français Geoffroy Tory présente l’alphabet parmi plusieurs modèles de calligraphies médiévales et étrangères dans les pages finales du Champfleury, un traité grammatical et typographique rédigé en français et introduisant entre autres les lettres accentuées, la cédille et une bonne part de la ponctuation actuelle. Tory remanie très peu la typographie proposée par More, gardant les terminaisons des courbes en crochet et ne présentant aucune application textuelle, pour se focaliser principalement sur les formes et non sur la langue elle-même. En 1929, Eric Gill, grand dessinateur de caractères, graveur et sculpteur anglais, se voit commander par les éditions Golden Cockerel une nouvelle maquette pour Utopia. Cela l’oblige à livrer une planche originale de l’alphabet utopien. Gravées sur bois, en réserve sur un fond noir, les lettres possèdent l’élégance des créations lapidaires du maître, bien que les formes restent extrêmement fidèles à l’original. Gill connaît bien l’oeuvre de More puisque, vingt ans auparavant, il a mis en page une première édition du livre pour l’éditeur Ashendene.

Thomas More, Utopia, Gravure de Eric Gill, 1929

La période contemporaine ne connaît pas d’utilisation marquante de l’alphabet utopien, ni par de grands noms du métier, ni par des marques importantes. Notons tout de même un cas particulièrement pertinent. En 2011, le studio graphique londonien Åbäke conçoit une édition du texte de More renommée Utopia in Utopia. Contrairement à toutes les éditions précédentes, celle-ci se veut peut-être la plus fidèle. Mais au lieu de produire un fac-similé respectueux, le studio propose le texte original composé entièrement dans l’alphabet inventé par More. Allant plus loin, le style des caractères a été revu pour lui conférer une couleur historique rappelant les courbes brisées des calligraphies gothiques en vigueur dans l’Angleterre de la Renaissance. Ce grand écart entre forme originale géométrique et réinterprétation contemporaine via une graphie médiévale est à la fois un renversement esthétique particulièrement porteur de sens et un tour de force stylistique finement amené. Étrangement, cet alphabet retrouve une forme proche des lettres latines : les carrés ressemblent à des O, les demi-cercles à des C et certains angles à un L. Le texte dépouillé sur la page prend alors une teinte trouble, entre graphie et cryptographie. Cette extrême liberté est rendue possible par l’audace des éditions Dent-de-Leone, fondées par deux des membres du studio de graphisme.

Thomas More, Utopia in Utopia, Dent-De-Leone, 160 x 237 mm, 2011

Mais au XXe siècle l’utopie de More a perdu beaucoup de son impact initial, tant d’un point de vue littéraire que politique ou sociétal. L’ère moderne a pu apparaître comme une nouvelle utopie, d’abord avec les idéologies issues de la révolution industrielles (Marx et Morris notamment) et le rêve socialiste d’une société guidée par et pour le peuple et dont les intérêts seraient défendus par des représentants politiques désireux de bâtir un monde plus égalitaire ; puis, après la Seconde Guerre Mondiale, sous la forme d’une utopie de progrès rendue possible par les évolutions technologiques produites par le prolétariat et permettant à la société de jouir davantage des congés payés, de moyens de transport rapides, du confort moderne et d’une éducation permettant la réalisation personnelle et donc l’avancée sociale.

Le téléphone et les moyens de communication se développent, les graphistes se voient confier un travail de conception de plus en plus vaste et important : expositions, éditions, publicités, affiches, etc. Pour répondre rapidement à ces chantiers, le travail se fait de plus en plus organisé et rationnel. Les Suisses propagent une conception professionnelle fortement axée sur la grille de mise en page, qui permet, par le découpage de la surface en colonnes puis en modules, de positionner les grandes masses d’informations, puis de créer un rythme et des séquences mettant en évidence les qualités des biens et services proposés par les marques. Pour autant la typographie reste basée sur des modèles créés en 1898, notamment avec l’Akzidensk Grotesk, une typographie sans empattement, toujours promue comme un modèle de modernité objective.

En Europe du Nord, les tempéraments sont différents et les créateurs peuvent sembler plus audacieux en proposant un style résolument tourné vers la subjectivité, en symbiose avec l’air du temps. Wim Crouwel, graphiste confirmé et créateur de nombreux lettrages expérimentaux, est un adepte de la grille. Il l’utilise et l’exploite à outrance dans toutes ses réalisations, au point que ses collègues du studio Total Design le surnomment “Mr Gridnik”. En 1967, il se penche sur la problématique des typographies pour écran cathodique. La pixellisation de caractères existants implique une simplification des courbes et des diagonales par une transcription sous forme d’escalier, le plus souvent peu appropriée. Plutôt que de proposer une police minimisant cet effet, Crouwel décide simplement de composer son alphabet uniquement de verticales et d’horizontales, sur la base d’une grille de 5 par 9 modules aux extrémités terminées à 45 degrés. Le résultat est difficilement lisible, son but n’étant pas une utilisation concrète, mais la recherche théorique. Le fruit de ce travail est imprimé dans les 16 pages d’un livret publié par l’imprimeur Steendruckkerij de Jong & Co, dans la fameuse série des Kwadraat-Bladen, prétextes à expérimentations graphiques. L’influence sera telle que la prochaine publication de cette série sera A counter-proposal de Gerard Unger, offrant la création d’une typographie optimisée pour l’écran et à la lisibilité accrue.

Wim Crouwel, New Alphabet, Kwadraat-Bladen n°23, Steendrukkerij de Jong & Co, 250 x 250 mm, 1967

Cet exemple n’est pas ancré totalement dans une approche utopique de l’écriture ; pour autant, il a été l’instigateur d’une redéfinition de l’approche du design typographique à l’aube du post-modernisme en abordant la lettre comme un matériau plastique dont la fonction n’est pas uniquement la lisibilité fonctionnelle. En 1970, c’est un jeune graphiste et enseignant danois de 31 ans qui va consacrer son temps libre à la définition d’un projet utopique destiné à révolutionner la conception éditoriale. Eric Mourier, contrairement à Crouwel, ne se limite pas à un exercice théorique, mais livre le fruit de son travail au sein d’un objet littéraire original. Associé avec l’auteur et poète danois Knud Holten, il met en page un poème inédit, The Myth about the bird B. L’objet est un leporello, c’est-à-dire un livre en accordéon se déployant sur près de 3,5 mètres une fois ouvert, pour 10 par 21 centimètres une fois fermé. Publié à 2500 exemplaires par le Graphic College du Danemark et imprimé par le High School of Book-craft de Copenhague, sa surface est maculée par une typographie bicolore noire et ocre, décrivant un rythme régulier de lignes ouvertes tel un vaste labyrinthe parcourant la page.

Knud Holten & Eric Mourier, The myth about bird B, The Graphic College of Denmark, 100 x 210 mm, 1970

“Depuis la Renaissance le livre n’a pas connu de changement marquant dans sa conception formelle. Les auteurs, je pense, ont changé comme tout le reste. Mais l’auteur contemporain est souvent laissé dans le pétrin. Ses voeux sont-ils autres qu’un simple alignement de mots en rangées de longueur égale, les unes en dessous des autres, alors il devra suggérer une alternative, et serait forcé de mettre en pratique ses idées lui-même, pour lesquelles il n’aura, en général, ni les qualifications ni les opportunités pratiques. Je n’attends pas, bien sûr, que tout les livres à venir soient révolutionnés par ma méthode. Et pourtant j’espère qu’elle contribuera à générer davantage de nouvelles voies. Le présent cas n’est pas celui d’un titre littéraire bien connu, choisi au hasard, et présenté selon un nouveau procédé ; c’est l’exemple d’une inspiration mutuelle entre Knud Holten et le rédacteur de cette introduction. Knud Holten a écrit spécialement pour mon alphabet, et la mise en page de chaque page a été déterminée par son texte.

Knud Holten & Eric Mourier, The myth about bird B, The Graphic College of Denmark, 100 x 210 mm, 1970

Il en résulte un livre-dépliant mû par des considérations esthétiques : ici le lecteur n’est pas entravé par des pages isolées se succédant, mais percevra l’ensemble dans son entièreté, un processus ornemental. À propos du lettrage, on peut dire que chaque lettre individuelle a été dessinée sur la base d’un schéma rigoureux et détaillé : 49 carrés, noir et blanc, en colonnes alternées, aucun tracé clos, un espace d’un carré, etc. Au sein de cette règle, le but a été d’obtenir le plus grand nombre de possibilités ressemblantes aux lettres “ordinaires”, et, simultanément, un système logique de formes. Les lettres c et u, k et y, a et v, par exemple, sont identiques, simplement modifiées par rotation. Les lettres ont été transférées sur films, découpées et montées séparément sur une feuille adhésive, page par page.”

Knud Holten & Eric Mourier, The myth about bird B, The Graphic College of Denmark, 100 x 210 mm, 1970

Eric Mourier garde donc une approche similaire à celle de Crouwel mais resserre les contraintes, sur la base d’un carré subdivisé en 7, soit 49 modules. Mourier reconnaît volontiers “un effet ornemental proche des caractères cunéiformes ou hébreux”. On pourrait ajouter une certaine ressemblance avec les calligraphies arabes composées dans le style kufi géométrique, mais aussi avec l’esthétique des QR codes lisibles par smartphone.

    

Calligraphie arabe de style kufi & QR Code

L’extrême rigueur formelle est sensiblement contrebalancée par les justifications libres des lignes de texte. Rédigé uniquement en danois et dans cette typographie, le livret est introduit par un rabat donnant les clés de sa lecture : un abécédaire accompagné des notations numériques et de ponctuation. Un dépliant de 6 pages composé à la machine à écrire offre, quant à lui, les introductions rédigées individuellement par chacun des auteurs.

Premières pages & livret introductif de 6 pages

a typographie créée par Mourier est monocamérale, tout comme celles de More et de Crouwel. Alors que ce choix pouvait signifier à la Renaissance un retour en arrière, à l’aube des années 1970 c’est plutôt un retour vers un idéal universel, tel que la nouvelle typographie allemande et le Bauhaus en particulier l’ont justifié dans les années 1920 via les figures de Jan Tschichold et d’Herbert Bayer.

Si l’alphabet de More a connu quelques résurrections, nous l’avons vu, celui de Mourier a été moins chanceux : The myth about the bird B restera une publication réservée aux connaisseurs danois et son influence ne s’étendra pas au delà. L’utopie d’une nouvelle conception éditoriale n’a jamais dépassé le stade de l’expérimentation, tout comme les jeux de Mots en liberté chers aux futuristes italiens du début du XXe siècle. C’est tout au plus le désir à travers un graphisme radical de générer directement un sentiment auprès du lecteur, une communication esthétique utopique que les Beaux-Arts concrétisent au quotidien, et que les Arts Appliqués rêvent de réaliser à leur tour.

En 1972 le Mourier est sélectionné dans les pages de New Alphabets A to Z de Herbert Spencer et Colin Forbes, aux côtés des créations de Crouwel et d’autres grands concepteurs. En 2012, la fonderie de caractères française Velvetyne retrouve cet ouvrage, et avec l’accord de Mourier décide d’en créer une version numérique diffusée librement sur son site. De son côté, l’alphabet utopien de More est lui aussi disponible sur plusieurs site web, permettant à l’usager amateur de concrétiser à son échelle une utopie de papier A4.

Published on the 15 November 2018 by Sébastien Hayez

Trickster, a postmortem

When we released our latest typeface, Trickster, at the end of 2017, we also hosted a poster exhibition showing creations from 14 designers, who designed beautiful applications for the font. The event took place at La Générale, a place collectively managed by an association. As its website puts it, La Générale “is a laboratory made for creation — cultural, artistic, political or social.” This former electrical substation in the heart of Paris was the right place to show our exhibit. We designed posters, asked friends and personal heroes to do the same, and we ended up with 14 fantastic propositions of how to use Trickster — a typeface that looks barely legible at a first glance but that resulted being perfectly functional for designers.

We hung up the posters, created a medieval mood for the event (the flyer, the food, the name) and invited our fellow type and graphic designers, or any regular John who wanted to discover Trickster, to come by and say hello.

If you missed the exhibit, don’t be sad, because the party continues: you’ll be happy to read a few words that the author of Trickster —Jean-Baptiste Morizot— wrote about it to explain its influences, the origin and the reasons of this animal. You can discover some pictures of the event in the corresponding blog post too.

The making of Trickster

Trickster is a libre font I released at the end of 2017. When the Velvetyne crew and I released the typeface, I called it “a smooth blend of Merovingian writing, blackletter influences and contemporary shapes”. It’s a smart way to say I don’t know how to label it properly. The design being quite unusual (call it weird or ugly if you want, but at least it’s not your usual Helv), I thought it could be interesting to write about its development and what lies behind its design decisions.

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At the beginning

Trickster was born from one of the sporadic frenetic pen and paper doodling periods that I have (between two periods where I make all my essays on the screen). Among the many letters I drew, there was this radical and unusual a. I liked it so much I drew it again and again until I switched to the computer and then I designed the glyph directly with Bezier curves.

First sketch

This letter was a challenge: how to derive an entire typeface from this atypical letterform? Was it even possible? At that time I perused a lot into a kind of medieval calligraphy called Luxeuil writing (or Merovingian writing). Merovingian writing is quite illegible now because of its many ligatures, forgotten letters constructions, and the use of a writing tool that allowed to go back from the bottom to the top of the letter shapes and which caused very dark stems (you don’t do that usually in calligraphy).

Merovingian writing

Merovingian writing

Writing of Laon

Laon Writting

Guessing that the Luxeuil writing I was looking at so fondly may have impacted my design, I loosely used some of its shapes and tried to mix them with the a. So my first sketches looked like that:

Early draft; quick and dirty

The g came from the Merovingian construction, like the o, while the square-like m and n were influenced by the a. The open head of the g, with the descending end of the loop came from the writing tool and from the need of the calligrapher to stop his/her gesture when writing. I suppose it could be also be linked to the need of exhausting the ink on the paper in order to avoid stains when lifting the pen to start writing the next letter. So even if it was a calligraphic feature with a justified reason, I couldn’t help but seeing a drop of blood flowing (we’ll talk about it later). The typeface had a Blackletter feeling, so I shifted promptly towards a bolder weight. Letter shapes followed the hand’s movements, so I redesigned m and n in a more classical way. The p, n, m had now a really calligraphic voice (yes, the dot on the i is a mess, and curves are generally wrong).

Bolder Trickster

Bolder Trickster

The stems were broken like in some Blackletters models, but I suppose that Infini — a font I’m really fond of — influenced me too. It’s a feature you could think was outdated until recently, but Infini made such a good use of it, that it showed us that it was still relevant today. So I jumped on the train.

I liked the way it looked, so I dug my ideas deeper: I made the weight even bolder and quietly started designing the remaining lowercase and capital letters.

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Even bolder. It finally has the right weight.

Street Cred

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Disclaimer: I’m not a tag addict; I don’t know anything about it (or very little, thanks to my fellow colleague Elliott). But I work in a neighborhood where tags bloom on every corner shop. I can’t tell much about this or that tag, crew or style, but I like their gestures, I like how they flow — so I unintentionally started merging some of the stylistic elements of the street in my design. They’re obvious in those several versions of the f.

fffff

Eventually the second one was kept (and a modified version of the third as alternate).

This f was quite a challenge because it had a lot of white space on its right, and in the same time it blackened the word when kerned to correct this issue. I had to find the right balance.

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And it needed some ligature substitutions to work properly. Even a i+f+i solution:

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Other letters received this kind of street look medication, mostly in alternate shapes; like this creamy/burger s.

mastering

The X and x, the alternate k, the s, etc., could be classified according to the same design decisions: gesture, gesture, from the past and from the streets.

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K I S S

So tags were a good inspiration, but the typeface needed to work its medieval-ish look (a half-serious, half-pop culture medieval look). So I started making the uppercase letters this way:

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I was unsure about it: they were fun, but those very calligraphic, lined Blackletter capitals felt too cliché. So I started to doubt about them and trying a more simple design approach (thanks Jérémy for your input on this topic). I kept the structure, but cleaned the design (see the A). I added spikes to ornate the stems a little bit, and I used my tag trick to make them bouncing (upper diagonal of the K). The O and Q are a good mix of this calligraphic/tag/simplification solution. Even the P, X, V, U letters try to retain and spread the gesture in a half-calligraphic, half-contemporary way. To me, the S; with its curvy loopy movements has a really street-like structure. The M has a fun design, looking like the signature of a comic book super-villain.

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This helped me to better understand what Trickster wanted to be: a blackletter for the 21th century. So I started to simplify and to clean the lowercase too, but without loosing the warmth and the softness of the calligraphic gesture.

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The a is a good example: it looses its inner upstroke, which simplifies the shape, and which also brings a more contemporary voice to it (the inner counter is quite graphically expressive). But, if you look closely, you’ll see that the lower upstroke that ties the bowl to the stem keeps a calligraphic style (and so does the attack of the n, m and the p). At the same time, letters like the c could be seen as oversimplified compared to letters like the p. The c is indeed very geometric-looking (notice the wide empty counter) but the human gesture can still be seen, so the words are allowed to flow when all the letters are combined together.

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Drip, drip, drip

I’ve already told you about the Merovingian g. I liked its dripping open head, so I repeated that feature on some other letters, like the r. (The f kind of relates to it, even if it’s more similar to graffiti and was influenced by a medieval weapon.) The r rises above the x-height because that’s the way that Merovingians wrote it, so in result it adds rhythm to the text. It’s an interesting shape, but it kind of overlaps every other sign in order to avoid white gaps in the text. Therefore, it creates black spots when merging with stems on its right side. You could rage on about it, but to my eyes this creates original patterns, so I kept it this way.

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Still, these terminals didn’t feel as they were dripping as much as I wanted, so I made their alternate versions go berserk.

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They’re just 5 letters (or even less if you don’t use the alternate s), but they can change meaningfully the look of any logo or text set with Trickster.

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In addition to this bloody stylistic set, I incorporated some fancy stuff, like a long tailed y that can go beyond letters the letters on its left but only if they don’t have descenders. And a swash e. And many other alternate letters. Take a look to the OpenType features of Trickster, you’ll find things to spice up your design.

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Swashy y.

Go figure

Figures were another struggle for me, similar to the one with capitals letters. I made several attempts at them with useless ornamentation and oddities. But I wasn’t convinced yet.

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Following the design of the uppercase, I chose a sharper approach. See how the 2 makes a loop that creates a geometric shape. The 6 and 9 combine a style without contrast and contrasted elements. When I found the right formula for them, they were easy to draw. Then I adapted them into old style figures.

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The punctuation was a fun thing to do as well. I started with a diamond-shaped dot, then I derived the comma from it and it started working immediately. The ? followed the style of the 2. Finally, the hyphen is more like a frenetic gesture that almost resembles a scratch — and that fills the space quite well.

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For the quote signs I didn’t reuse the comma as it was, but I increased their curvature and I also changed their upper extremes to make them rounder (which integrate in a better way with the rest of the words in the sentence).

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Finally, the more decorative stuff like &, ¶, % was easy to do =)

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End of the journey

If I need to summarise: Trickster is a Blackletter for the world of tomorrow. But to promote it today, we made a poster exhibition showing creations from 14 designers who played with it. The event took place at La Générale, a place collectively managed by an association. La Générale “is a laboratory made for creation — cultural, artistic, political or social.” This former electric substation was the right place to show our exhibit. We hang the posters, created a medieval mood for the event (the flyer, the food, the name) and invited all the designers and curious people that want to see Trickster

I designed one poster, and mused on my own font to create an original lettering. Since Trickster is a libre font, you can do it too.

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One of the sketches for my poster.

Thanks for reading.

And use Trikster, it’s free.

Published on the 15 November 2018 by Jean-Baptiste Morizot

The short but real VTF Lack story

Lack typeface project began in 2012 when Adrien was commissioned by Rio Nebulane, an electronic music band, to create their first album cover.

Rio Nebulane, First album. Design, illustration and typography : Adrien Midzic, 2012.

The fisrt thing achieved for this work was a visual language etablishment inspired by hieroglyph’s system. Then, a certain legibility became to be necessary to read at least the band name. So Adrien started to search an option to keep this mysterious visual flavor about hieroglyphs into a custom font. This first fruits are really important in the story of Lack, because the research of the limits of ligibility inside the letterform comes from here.

Logotype for test

The research leads design of some letters to compose the band name Rio Nebulane. After many tests proceed to find the good proportions and legibility, the logotype was ready.

Rio Nebulane, logotype, Adrien Midzic, 2012

Back in time, the first Open Type features

The previous tests offered a large choice of letter forms and Adrien wanted to keep them as much as possible. He discovered the Open Type font format. It was a big joy to play and work with this features for the first time. A stylistics set was added to the Lack.

Sample specimen of VTFLack first edition, Adrien Midzic, 2013

Where put and publish this strange font?

Adrien, really proud of this typeface searched a way to promote it. He found the perfect solution with Velvetyne Type Foundry, the really kind guys fascinated by all typographic fields, indeed the most strange.

So, Lack joined the VTF font catalogue in 2013, and it was the first free-font designed by Adrien Midzic.

It could live her own life and been used by graphics designer to serve their graphic design works.

Africavivre website. Design Clément Lecocq

Lack Specimen, a student work. Design : Maxime Barbier

3 years later, a trip and a new friend

Travels is always a good thing, in 2017, Adrien went in Greece for vacation and had the idea to try to make a greek font on his come back. Lack was a perfect typeface for that. He draw the greek letters inspired by his own shoots. At the same time a russian friend come in his life, and he decides to make Lack a real multilungual font! It helps him to draw the letter to make any mistake, because like the Greek alphabet, Cyrillic is really different.

Annoucement of the greek VTFLack version

Annoucement of the Cyrillic VTFLack version

Lack are being met

So in 2018, both of visuals and linguistics missing of Lack are being met.

VTFLack is now updated, it is a brave, contemporary and experimental typeface. It gives you the opportunity to compose in Cyrillic, Greek and latin. It comes in a single weight with her Italic. It started by extending the first VTFLack font edition, designed by Adrien Midzic in 2013. It works well as a display typeface, but is also designed to perform in all kind of texts sizes. Some crazy surprises are hidden into 3 stylistics sets.

Now the Lack’s emblematic set with its crazy uppercases is available in two stylistic sets called O.V.N.I-1 and O.V.N.I-2.

Another set named “Alternate” has also been created, in which alternative forms for some tiny ones are available.

Download the new Lack!

Published on the 9 October 2018 by Adrien Midzic
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